En 2025, pendant les célébrations du centenaire de l’Art déco, j’avais eu l’occasion de visiter plusieurs expositions parisiennes très intéressantes sur le mouvement. Avant de m’en imprégner, j’avais eu ma phase préalable d’Art nouveau, alimentée grâce à quelques visites opportunes de Bruxelles. Le mouvement Art déco, plus épuré, avait montré moins de frivolités, de végétaux ou de féminité dans les motifs, mais la technique n’en était pas moins essoufflée. La très populaire et immense exposition 1925-2025. Cent ans d’Art déco, proposée par le bien nommé Musée des arts décoratifs, a su rendre un hommage vibrant au mouvement. À son échelle, le Musée Zadkine, plus petit, a mis en lumière avec brio l’influence du mouvement sur le sculpteur. Le côté intimiste du lieu et de l’artiste donne un autre moyen de percevoir le dialogue entre ses œuvres et un contexte plus général de création. Dans l’Art déco, comme dans d’autres mouvements artistiques, il y a néanmoins quelque chose qui manque dans les musées : des cartels expliquant le positionnement de tout ce beau monde pendant la Seconde Guerre mondiale.
Dans cet article, je vais parler du style Art déco et, pour la première fois, de sculpture. Tout commence le 21 juillet 2025, lorsque le compte Instagram Archaeology & Art publie une photographie de cette sculpture :

Ce compte est décidément une mine d’or. C’est grâce à celui-ci que j’avais, en 2024, découvert le photographe Ján Cifra, m’amenant à effectuer quelques recherches pour rédiger un article sur sa carrière malheureusement trop courte. À l’instar de beaucoup d’internautes, je suis surpris par cette œuvre dont la technique intrigue. Ce n’est pas un hasard si un sujet Reddit voit le jour le lendemain, le 22 juillet 2025. En réalité, le compte Archaeolgy & Art avait déjà posté la même image en janvier 2023 sur Twitter. Sur Reddit, elle avait été postée dans r/ArtDeco en mai 2022. Les photographies proviennent d’une vente réalisée chez Bonhams, qui a l’habitude de proposer des sculptures de Lucille Sévin.
Pour mieux cerner le procédé utilisé ayant permis d’obtenir un tel résultat, une personne mentionne un autre sujet Reddit, faisant état de l’usage de verre soufflé infusé d’argent, en juin 2025. Cette technique figure parmi beaucoup d’autres ayant participé au foisonnement de l’Art déco. Comme ce mouvement était fécond ! Il n’y a pas de hasard : l’Art déco a irrigué presque tous les supports de création : vitraux, sculpture, architecture, mobilier d’intérieur, mobilier urbain : objets, tout court ! Puisque la fabrication se démocratise et que les matériaux sont de mieux en mieux connus, il y a eu une fuite en avant artistique consécutive à un âge industriel mettant à disposition toute sorte de matière.
Les deux autres éléments ayant piqué ma curiosité, c’est qu’il s’agit d’une sculptrice française, d’une part, et que la date de création estimée reste assez vague, d’autre part. D’abord, je félicite Archaeology & Art d’avoir trouvé une nouvelle pépite à mettre en avant. Maintenant que les gens ont vu cette image, existe-t-il des éléments biographiques ou historiques à étayer pour enrichir cette redécouverte ? Lorsque le sujet Reddit reposte la même image de la structure, il est fait mention que cette Lucille Sévin la réalise « pour Etling ». Quand je fais un état de l’existant en ligne, je suis surpris de voir qu’il n’existe, en mars 2026, qu’une page germanophone et russophone à propos d’elle sur Wikipédia ; il n’existe rien en français. Toutefois, il existe bel et bien une biographie succincte, puisqu’on sait qu’elle est née à Sèvres avant 1920, décédée après 1940 et avait pour conjoint Jean Théodore Delabassé.
Cet article a pour objectif d’apporter un peu plus de lumière sur la vie et l’activité artistique d’une sculptrice du mouvement Art déco. Dans les pages Wikipédia, il est indiqué que l’« on ignore les dates de naissance et de décès de Lucille Sevin », sauf que moi, j’ai trouvé ! Lucille Sévin, parfois mentionnée « Lucile Sevin », est née le 25 avril 1901 à Sèvres, dans le département de Seine-et-Oise, aujourd’hui Hauts-de-Seine. Elle porte les prénoms « Lucile Amelia Paulette ». Son père, Paul Gustave Charles Sévin, déclare sa naissance à la mairie le lendemain (Acte d’état civil, Sèvres, 1901). Âgé de 29 ans, il est libraire, marié à Aline Amélia Flavie, née Durret, comptable de 23 ans. Tous deux sont nés à Paris. Le jeune couple est domicilié au 10, rue de la Villa, dont le nom complet est sans doute la rue de la Villa Rémy-Launay (cartes postales de la rue en 1900 sur Wikimédia, ici et là). À Sèvres, Lucile Sévin est née 2 ans après que le Castel Henriette ait vu le jour, à 20 minutes à pied du domicile familial. J’imagine que cette bizarrerie de l’architecte Hector Guimard, ajoutée à la Manufacture nationale de céramique, a dû influencer et exposer l’artiste à différentes créations issues du mouvement Art nouveau.
Lucile Sévin s’inscrit le 15 mai 1924 en section sculpture à l’École des beaux-arts de Paris (Reg-Arts, matricule 547). Elle a alors pour maître Victor Ségoffin, prix de Rome en 1897. et fut aussi l’élève de François-Léon Sicard. Lorsqu’elle est étudiante, en 1926, Lucile vit chez ses parents, dans le 16e arrondissement, au 182 avenue de Versailles (Archives de Paris, recensement de population, D2M8 281, p.398, 1926). Sévin devait alors vivre et apprendre dans un milieu artistique, héritier de l’Art nouveau et témoin de la bascule vers l’Art déco.

Lucile Sévin, sculptrice, se marie à Jean Théodore Delabassé le 19 mars 1929 à la mairie du 16e arrondissement de Paris. (Archives de Paris, 16M 251_A, acte n° 340). Delabassé est également décrit comme sculpteur de profession, né à Lille (Nord) le 13 avril 1902. Il vit alors au 37 rue Denfert-Rochereau (14e arrondissement de Paris), après avoir vécu au n° 14 de la même rue, en 1926, date à laquelle il était déjà installé comme sculpteur (Archives de Paris, recensement de population, D2M8 231, p.128, 1926). Jean Théodore Delabassé vient également d’un milieu favorisé. À Lille, son père, Paul Jules, est professeur à l’École pratique d’Industrie. Originaire de Troyes, dans l’Aube (Archives départementales du Nord, 3 E 15 040, acte n° 1815). Il s’était inscrit à l’École des beaux-arts de Paris en section sculpture, d’abord temporairement le le 13 mai 1921, puis définitivement le 12 décembre 1921 (Reg-Arts, matricule 7559). Il a été l’élève du sculpteur néo-baroque Antonin Injalbert (Explication des ouvrages de peinture et dessins, sculpture, architecture et gravure des artistes vivants, Dubray, 1928, Gallica). Injalbert, prix de Rome en 1874, puis grand prix à l’Exposition universelle de 1889. Son Buste de Marianne, réalisé à l’occasion du Centenaire de la Révolution française en 1889, est un des plus répandus dans les mairies et les écoles françaises à la fin du XIXe au début du XXe siècles. Son autre maître était Louis Henri Bouchard, premier Grand Prix de Rome en 1901, professeur à l’Académie Jullian de 1912 à 1927, puis aux Beaux-Arts de Paris à partir de 1928. Sculpteur bien intégré au milieu artistique de ses pairs, il fut en 1936 président de l’Académie des Beaux-Arts, puis devint en 1941 président des artistes français (Lartnouveau.com). Jean Théodore Delabassé est devenu membre du Salon des Artistes Français et a reçu une médaille de bronze en 1928. (Benezit Dictionary of Artists)

La carrière de Lucile Sévin est indissociable de celle de son mari. Tous deux ont travaillé pour l’atelier Etling et Compagnie utilisant des matériaux tels que le bronze (souvent argenté ou doré) et l’ivoire. Sévin exerça son art de 1920 à 1940. Ces deux décennies d’activité artistique furent prolifiques et lui permirent de se faire un nom dans le monde de la sculpture Art déco. Sévin travaillait également le verre, la céramique et la porcelaine. Ses sculptures de danseuses en verre laiteux, dépoli et irisé, comme « Isidora » de 1925, furent réalisées pour Etling. Ses œuvres en verre étaient caractéristiques du « style Etling » ; Seven occupa un temps le poste de directrice artistique de la compagnie. Sa sculpture, l’une des plus célèbres de la firme, fait donc écho à Isadora Duncan, la célèbre danseuse de l’époque. Cette inspiration est rapportée par plusieurs sources, dont Anton Doroszenko (Discovering Etling Glass. Dans : Glass Matters. No.18, pp. 10-12, 2023)
Sévin exposa à Paris, aux salons de la Société des Artistes Français et devint membre de cette société. Elle remporta une médaille de bronze en 1932, une médaille d’argent en 1937 et une médaille d’or à l’Exposition universelle de Paris (Benezit Dictionary of Artists). Elle exposa également au Salon d’Automne, toujours à Paris.
De manière plus générale, la maison Etling était une grosse machine capable de produire et de vendre une multitude d’œuvres sculptées lors de l’Entre-Deux-Guerres. Etling et Cie a été créée par Edmond Etling en 1909, la société Etling et Cie, domiciliée 29, rue de Paradis a Paris, était l’un des principaux éditeurs d’art et marchand de statuettes et d’objets d’art en bronze, verre et céramique. Né dans le quartier des Halles, à Paris, en 1878, Edmond Etling est le fils de Cerf Etling, négociant, et de Valérie Dreyfus. Son père, originaire d’Alsace, combattit dans l’armée française lors du conflit franco-prussien (Notice nécrologique, journal inconnu, 1918 ?). Edmond Etling était déjà devenu le propriétaire de la Galerie Beranger, située au 158 rue du Temple, à Paris, en 1906. C’était un bon moyen de valoriser et vendre des œuvres d’art. Etling eut également l’ingéniosité de produire des pièces à cheval entre le mouvement Art nouveau et Art déco, en particulier avant et pendant la Grande Guerre, parfois en adaptant la production selon le manque de ressource. Il servit dans l’armée durant les 4 années du conflit. Probablement en lien avec les créations de Sévin, l’entreprise Edmond Etling dépose une demande de brevet, en 1929, intitulé Écran lumineux et sa combinaison avec un sujet translucide (INPI, brevet FR682536). La différence notable est que, dans le cas présent, la source lumineuse est d’origine électrique, à en croise le texte du brevet : « il est à remarquer que l’effet lumineux obtenu est d’autant plus puissant et met d’autant mieux en valeur le sujet, que celui-ci est mieux garanti de la lumière extérieure par les bords suffisamment débordants de l’écrin ».

Peu avant la fin de la guerre, Edmond Etling fut intégré à l’ordre de la Légion d’honneur en tant que chevalier, le 18 octobre 1918. Malheureusement, il meurt 6 jours plus tard, le 24 octobre, seulement âgé de 40 ans, à son domicile situé avenue Parmentier, à Paris. Dans son dossier de Légion d’honneur (Léonore, L0912056), on apprend qu’outre ses services militaires continus entre 1914 et 1918, il était également connu dans le monde du sport, en qualité de membre du Stade français et du Bureau du Conseil de l’Union des Sociétés françaises de Sports athlétiques (je sais, ça fait beaucoup de déterminants). Durant la Grande Guerre, Etling s’occupa de la construction d’hélices pour avions.
Sa veuve, Marthe Etling, née Hayem, avec qui il s’était marié en 1907, hérite de l’entreprise de son défunt mari. Elle laisse les pouvoirs pleins et entiers de l’entreprise à son neveu, Julien Dreyfus, qui la rachète. Proche de son oncle et de sa tante, Julien Dreyfus avait assisté aux obsèques d’Etling (La France, édition du 28 octobre 1918). Julien Dreyfus devient alors directeur artistique d’Etling et Cie qui joua un rôle clé dans la réussite sur le marché de l’art de l’entreprise créée par son oncle.
Etling et Cie éditait les œuvres de sculpteurs talentueux, dont, outre Lucile Sévin, Demetre Chiparus, Claire Jeanne Roberte Colinet, Joe Descomps, Marcel Bouraine, Maurice Guiraud-Riviére, Alexandre Kelety, Pierre Le Faguays, ou encore André Becquerel. Certains de ces artistes, comme Chiparus, Guiraud-Riviére et Colinet, travaillent pour les trois matériaux.

Outre ses éditions de sculptures, Etling et Cie commandait toute une gamme d’objets décoratifs tels que des figurines en verre moulé opalescent, souvent montées en lampes, a des décorateurs dont font partie Lucile Sévin et son mari, mais aussi Geneviève Granger, Geza Hiez et Georges Béal. L’entreprise possède sa propre fonderie de bronze et travaille avec un autre fabricant, Les Neveux de J. Lehmann (LNJL) pour le coulage. Les verreries sont produites à l’usine de Choisy-le-Roi, aux portes de Paris.
Il y a une raison tragique qui explique la fin brutale de l’activité de Lucile Sévin. Lors de la Seconde Guerre mondiale, l’activité d’Etling & Co. cesse totalement à partir de 1942. Plusieurs membres de la maison, y compris Julien Dreyfus et sa famille, auraient été déportés et certains seraient morts dans les camps de concentration nazis, du fait de leur religion. L’entreprise ne rouvre pas à la fin du conflit. Malheureusement, je ne dispose pas d’autres éléments au sujet de Dreyfus et sa famille pendant la guerre. Ces informations proviennent de l’ouvrage L’art déco : encyclopédie des arts décoratifs des années vingt et trente d’Alastair Duncan, le plus grand spécialiste du mouvement (Citadelles & Mazenod, Paris, DL 2010). Le site Internet dédié Etling.org évoque, dans sa page Une histoire brève ce sombre épisode et précise qu’à la fois la famille et les ouvriers d’Etling, juifs, ont péri au cours du conflit, refermant à jamais un chapitre important de l’histoire de l’Art déco. C’est à partir d’ici que je propose une histoire dans l’histoire : qu’est-il arrivé aux Dreyfus ?
En regardant sur la toile, on trouve d’autres informations au sujet de Julien Dreyfus sur le Maitron. En effet, sur la fiche de son premier fils Jean, on apprend que celui-ci est né à Paris, dans le 10e arrondissement, le 5 avril 1882. Son père Julien est alors « représentant de fabrique », information confirmée par l’acte de mariage n° 473 en 1913, puis l’acte de naissance n° 357 de Jean en 1914). Selon l’acte de naissance de Julien, il est né d’un père négociant (Acte 3199). La famille Dreyfus a un lien avec l’Algérie. Dans une édition de Mobilier et Décoration, datée de janvier 1932, la revue française des arts décoratifs inclut une réclame de la Société nord-africaine de représentation, « dont le siège est à Alger, et qui a comme correspondant Monsieur JULIEN DREYFUS, 29, RUE DE PARADIS PARIS » (Gallica, bpt6k9736222g, BnF). Il n’y a aucun doute possible, c’est également l’adresse d’Etling et Compagnie. Jean, qui a bénéficié d’une éducation parisienne soignée, fait commerce à Alger jusqu’à son engagement dans la Seconde Guerre mondiale. Il participa à la résistance et à la préparation de l’aide au débarquement des Alliés en Afrique du Nord. Jean mourra en héros le 8 novembre 1942. Quelques mois plus tôt, son frère cadet, René, qui avait rejoint les Forces françaises libres (FFL), trouva la mort au Tchad le 22 février 1942.
Ailleurs sur la toile, je trouve dans l’inventaire des Archives diplomatiques françaises le signalement de 3 dossiers figurant sous l’intitulé « Succession Mme Julien Dreyfus, Paris CRA » (ministère des Affaires étrangères, Fonds Inventaire des archives de la récupération artistique, cote 209SUP 10 45 164). L’acronyme CRA a pour signification Commission de Récupération artistique. Le sous-titre de cette succession fait mention de « 3 dossiers sur la récupération d’objets d’art en Allemagne : correspondance, inventaires, restitutions » liées à la femme de Julien Dreyfus, avec des dates extrêmes allant d’avril 1945 à décembre 1950. Anecdote inutile : je me suis inscrit et rendu dans ce centre d’archives, tout cela pour apprendre que les dossiers étaient numérisés et accessibles à n’importe qui équipé d’une connexion Internet et d’un ordinateur, oufti ! Effectivement, les numérisations sont ici. Parmi ces 3 dossiers, on trouve un courrier envoyé le 18 avril 1945 au Président de la CRA, sise au Musée du Jeu de Paume. Il s’agit d’un courrier envoyé par Georgette, Jacqueline et Françoise Dreyfus, toutes 3 nièces et légataires universelles de Madame Veuve Julien Dreyfus. Cela donne des informations importantes : a priori, cela signifie que Julien Dreyfus est décédé et, à son tour, son épouse, peut-être pendant la guerre. Pourtant, cela ne concorde pas avec leurs dates de mort de Julien (1973) et Yvonne Dreyfus, née Hayem (1987), que l’on retrouve sur le Maitron et sur un arbre publié sur Geneanet.
Quelque chose m’échappe sans doute, mais nous nous sommes déjà suffisamment éloignés du sujet initial. Quoi qu’il en soit, on apprend que les légataires de Madame Veuve Julien Dreyfus ont constaté que l’appartement de leur tante a été entièrement vidé par les Allemands fin novembre 1942. La CRA demande l’obtention d’un inventaire pour enquêter sur les œuvres disparues. Les nièces décrivent plusieurs pièces de mobilier Louis XV et Louis XVI, de la verrerie, des services de couverts ou encore du linge de lit. Il faudra attendre 5 ans pour que la CRA mette la main sur une partie des œuvres spoliées. Il n’est pas fait mention d’une quelconque sculpture Art déco du style Etling. J’ignore tout du sort des ateliers de verrerie à Choisy-le-Roi, peut-être reste-t-il des éléments du lieu de fabrication qui fit la renommée de la marque. Anton Doroszenko, que je citais au début de cet article, indique qu’en 2023, il y aurait toujours des documents, voire des matériaux provenant d’Etling conservés à la Médiathèque Aragon et au service Archives-Documentation-Patrimoine de la ville de Choisy-le-Roi.
Après la guerre, la marque Etling s’éteint et laisse place aux Éditions Paradis, du nom de la rue parisienne où Etling & Cie était installée, avec Julien Dreyfus à sa tête, qui était donc bien vivant (Bulletin des annonces légales obligatoires à la charge des sociétés financières, avril 1954, Gallica, BnF). Sur un site spécialisé dans la vente de lampes de style Art déco, il est fait mention que « Durant l’occupation allemande en 1940 et suite aux lois sur le statut des juifs édictées par le régime de Vichy, Etling alors âgé de 62 ans est interdit d’exercer ses fonctions et remplacé à la tête de son entreprise. Sa société renaîtra dans les années 50 sous le nom de “Éditions Paradis” » (lampeartdeco.org). Certes, ce n’est pas Monsieur Etling, mais l’âge est bien celui de Julien Dreyfus, âgé de 62 ans en 1944. Je ne pense pas être tombé sur un homonyme pour confondre les deux Julien, pourtant. Malheureusement, l’activité de Lucile Sévin ne survivra pas à la Seconde Guerre mondiale. On ne trouve aucune nouvelle œuvre signée de sa main. La page Wikipédia anglophone d’Edmond Etling mentionne que certaines œuvres du catalogue de la Compagnie ont été reproduites dans les années 1970 par la Manufacture nationale de céramique de Sèvres.
Dans l’ouvrage de Duncan précédemment cité, l’historien précise que, dans la galaxie Etling, nombreux furent les artistes reconnus de leur vivant, bien que la documentation historique à leur sujet soit très pauvre. On ne les connaît que grâce aux œuvres signées qui apparaissent épisodiquement sur le marché. Duncan cite ainsi Lucille Sévin parmi celles et ceux qui en font partie. J’espère que cet article aura permis de mettre un coup de projecteur sur la carrière artistique de Madame Sévin. Après la Seconde Guerre mondiale, je n’ai donc aucune trace historique de son activité artistique. Son mari meurt le 3 mars 1982 à Fargues-Saint-Hilaire (Gironde), selon son avis de décès. Lucile Sévin meurt à son tour le 28 février 2000, à Saint-Caprais-de-Bordeaux, en Gironde, à l’âge de 98 ans (Avis de décès).
Il ne me reste donc plus qu’à refermer ce chapitre de l’Art déco, avec une artiste relativement méconnue et une Compagnie rapidement tombée dans l’oubli. Malgré quelques zones d’ombre, il est possible de retracer une partie de l’histoire unissant Sévin à Etling. Pour terminer, je partage deux autres statuettes dans la même veine que celle qui m’a permis de découvrir cette sculptrice.
Alexandre Wauthier


