Insides (#24)

Les années 1990 sont fascinantes, surtout d’un point de vue musical. Cette décennie a vu éclore de nombreux projets musicaux partis de rien, parfois disparus aussitôt qu’ils eussent fait paraître la moindre production. J’avais, depuis longtemps, l’envie d’évoquer le cas du duo Insides. Cette formation est issue des cendres du groupe Earwig (fondé en 1989 et dissout en 1993), dont l’unique album Under My Skin I Am Laughing montre les qualités de compositions éthérées héritées de Cocteau Twins.

Le groupe Insides, fondé en 1992 à Hove, commune voisine de Brighton, est composé de Julian Serge Tardo (guitare, samples, piano) et Kirsty Yates (chant, basse), Insides propose une pop teintée d’éléments électroniques. Les morceaux ont des thèmes tantôt sensuels, tantôt existentialistes, toujours accompagnés de la chaleureuse voix de Yates. Le groupe, qui explore seul de nouveaux horizons musicaux avec une authenticité et une débrouillardise rares, parvient à faire signer ses projets sur un sous-label de 4AD, Guernica.

Ainsi, en novembre 1993 paraît leur premier album : Euphoria. L’ensemble des pistes est homogène et l’écoute se fait aisément sans interruption. La voix est envoutante et la production musicale mêle post-rock naissant, ambient, shoegaze et dream pop.

Ce dernier terme, dream pop, correspond à un sous-genre du rock alternatif et a été utilisé pour la première fois par un journaliste voulant définir la musique produite par le groupe A. R. Kane, actif dès la seconde moitié des années 1980 jusqu’en 1994. Au-delà de ces termes-étiquettes parfois vides de sens, il convient toutefois de s’attarder sur ce détail puisque Insides et A. R. Kane partagent cette approche musicale : des projets ambitieux et expérimentaux faits maison et quittant progressivement le monde du rock alternatif dans lesquels ils étaient cantonnés (deux titres : When You’re Sad de 1986 et Butterfly Collector, sorti l’année suivante). Si les sonorités évoquent Bark Psychosis, autre groupe britannique de post-rock, la démarche rappelle celle adoptée par la formation radicalement expérimentale This Heat à la fin des années 1970 et au début des années 1980.

Insides (1991) – Source

En mars 1994, Insides sort un album (parfois identifié comme E.P.) intitulé Clear Skin. Constitué d’un seul morceau long de 38 minutes, cette production est une ode au minimalisme. De fait, la structure répétitive et progressive invoque les marimbas de Steve Reich, une guitare acoustique tranquille, une voix douce, puis une nappe d’ambient qui vient recouvrir le tout à l’issue de l’écoute. Ce deuxième album montre l’étendue de la composition proposée par Insides. Après avoir sorti un album avec un référent pop, Clear Skin montre que ce petit groupe récemment constitué est capable de réaliser l’un des meilleurs albums minimalistes du siècle !

Je souhaitais avant tout parler de ces deux albums. Toutefois, l’histoire du groupe Insides continue : 6 ans plus tard, en 2000, parut l’album Sweet Trip. Celui-ci reprend l’esthétique du premier album, avec légèrement moins d’entrain selon ma perception. Ce même premier album Euphoria a été réédité en vinyle en 2019. Enfin, encore plus récemment, le duo fit son grand retour avec un quatrième album intitulé Soft Bounds. Insides est donc toujours actif, postant parallèlement du contenu sur Facebook, Twitter et proposant une sélection musicale sur Spotify, playlist intitulée : « Chosen by Insides« .

 

Liens utiles :

- https://en.wikipedia.org/wiki/Insides_(band)
- https://www.discogs.com/artist/89579-Insides
- https://musique-journal.fr/2019/04/12/manifeste-pour-un-trip-hop-non-enfumeur-1993/
- https://arcane-delights.com/2019/12/04/insides-euphoria-guernica-1993/
- https://4ad.com/artists/insides
- https://opuszine.us/posts/insides-ghost-music-ambient-pop-duo-first-new-song-16-years
- https://open.spotify.com/playlist/4ggu78imZNaamoHPAonsfp?si=b5889f6566074937

 

Alexandre Wauthier