Malibu (#31)

Il n’y a pas de bon moment, mais il est désormais temps de parler du projet musical de Malibu, artiste musicale française plutôt discrète mais dont la renommée est déjà acquise depuis plus d’un an dans la scène ambient électronique. Quand je parle de discrétion, c’est parce qu’on ne trouve que de rares traces de sa biographie. Ce n’est d’ailleurs pas ce qui nous intéresse ici, on se contentera donc d’une description du travail de l’artiste par l’artiste sur son compte Bandcamp : « i like the ocean and i make music sometimes ». Pour information, selon Resident Advisor, Malibu est le projet personnel d’une musicienne française prénommée Barbara. Selon SHAPE, son père était pianiste de jazz.

La première fois où mes oreilles sont entrées en contact avec le son de Malibu, c’était à la fin de l’année 2020, à l’occasion de sa participation à la compilation Mono No Aware (transcription de la maxime japonaise 物の哀れ), parue en 2017 chez PAN. Ce label, fondé à Berlin en 2008, est désormais le chantre de la musique électronique expérimentale, et cette compilation constitue une vitrine de ce que la musique ambient peut proposer actuellement ; si bien que l’album a fait l’objet d’une critique très élogieuse par Pitchfork (sans parler de la pochette de l’album, sur laquelle beauté et simplicité sont si essentielles qu’elle pourrait passer pour une représentation graphique de l’ambient, mais je m’égare).

Après un premier EP, – Paraiso – resté confidentiel et sorti en 2015, Malibu fait paraître son deuxième en novembre 2019, intitulé One Life. Composé de 5 titres, il établit les contours du style Malibu : un mélange de sons ambient et éthérés. Planant, en somme. On y trouve notamment la belle plage sonore Tilting On Windmills, qui était paru en single numérique. L’esthétique musicale n’est pas sans rappeler Harold Budd, Robin Guthrie ou encore Stars of The Lid. Peu de temps après paraît un autre EP, cette fois-ci constitué de remixes du précédent, dont la merveilleuse reprise de Lost At Sea par Kelly Moran (qui mériterait aussi un article ici). Cette dernière, qui s’inspire du minimalisme type Erik Satie pour l’appliquer à sa composition type John Cage, à l’aide d’un piano préparé avec des objets posés sur les cordes, avait rencontrer un petit public en 2018 grâce à son album Ultraviolet. C’est cette petite mise en lumière qui m’a permis de trouver à nouveau le nom de Malibu dans mes découvertes musicales.

Dès lors, l’aventure commence ; alors que j’avais envie d’évoquer le jeune parcours de cet artiste depuis avril dernier, les parutions de plusieurs singles me pressent, en particulier Idle Citi. Elle aboutiront à la sortie d’un nouvel EP le 18 novembre 2022, sous le titre de Palaces of Pity, signé chez le label new-yorkais UNO. Le dernier morceau Iliad est une longue nappe contemplative de 8 minutes savoureuse :

Les parutions de Malibu s’arrêtent, pour le moment, ici, mais il ne faut accorder autant d’importance aux multiples collaborations qu’elle a proposées auprès de divers artistes de la scène électronique et expérimentale. Pour la dimension ambient et éthérée, on trouve notamment son nom dans la compilation Rone & Friends (cocorico), avec le titre Faro, sur la compilation A Little Night Music: Aural Apparitions from the Geographic North, mais aussi dans le remix Oreo. Ma préférence va pour le morceau The Anatomy of Clouds, remix d’un titre de Michael White :

Enfin, c’est Malibu qui est à l’origine du show radio United in Flames, invitant plusieurs artistes à proposer des mix, qui sont diffusés sur Soundcloud, Twitch et, maintenant, NTS. Pourtant, en parallèle de cette prometteuse carrière, on trouve un alias avec lequel Barbara produit une autre musique : DJ Lostboi. Avec une esthétique rappelant Malibu, cet projet propose de belles pépites, comme Ordinary People, Open World, Pet Shop B, Esprit SE, le remix du titre Esperanza de Rone (encore lui).

Pourtant, la production musicale ne s’arrête pas là : on trouve aussi du contenu inédit sur Soundcloud. Elle y avait proposé, il y a deux ans un long aperçu de Palaces of Pity, sorti il y a quelques jours. On trouve aussi une sélection de sons ambient propices à la méditation :

Certains morceaux extraits des shows radio United in Flames sont de vrais bijoux, comme la version interprétée au piano de Come Down To Us, reprise de Burial. La candeur qui en transparaît est saisissante d’authenticité et prouve que les sources d’inspirations de Malibu peuvent provenir de n’importe quelle forme d’expression musicale.

Dernier alias en date, encore relativement confidentiel si on le compare à Malibu et DJ Lostboi : belmont girl. Il s’agit d’un projet audio et vidéo de Barbara. Une esthétique minimaliste, répétitive et envoutante donne envie de regarder chacune des vidéos. Plusieurs coups de cœurs, dont skin deep ci-dessous, silent cry, ou encore asarja.

Avec cette nouvelle figure de l’ambient, il faut donc, comme lorsqu’on écoute des musiques de ce genre, accepter le lâcher-prise et cueillir les musiques comme elles se présentent. L’aspect volatile de chaque morceau nous demande à nous concentrer sur les moments faisant le plus écho à notre sensibilité. En essayant d’intellectualiser et d’inventorier sommairement le catalogue de Barbara, je n’imaginais pas trouver une si grande richesse, la cave d’or de Henri Michaux

https://www.instagram.com/malib9
https://soundcloud.com/mmmmalibu
https://mmmmalibu.bandcamp.com
https://shapeplatform.eu/2018/malibu-i-used-to-hate-music