Le mouvement provo (#17)

De 1965 à 1967, un mouvement contestataire nouveau est apparu aux Pays-Bas. Alliant happening et combat politique, Provo va constituer un élément inédit dans l’histoire des mouvements sociaux.

Bernard de Vries, entièrement vêtu de blanc, faisant la promotion du Vélo Blanc (Amsterdam, 1966, phot. Cor Jaring)

Une figure antérieure majeure semble avoir constituer une grande source d’inspiration pour le mouvement ; celle de Ferdinand Domela Nieuwenhuis. Lorsque j’ai pu remettre la main sur un disque perdu depuis plusieurs années, j’ai retrouvé d’anciens travaux universitaires réalisés lors de mes études à l’Université de Reims. J’y ai retrouvé cet exposé datant de 2016. A force d’autocritique, je m’aperçois que ce rendu était loin d’être parfait, mais il me semble intéressant de partager ici ce qui a été écrit à propos de ce mouvement social particulier.

« Ceux qui ont vu mai 68 comme un coup de tonnerre dans un ciel serein, une aventure inattendue, une colossale surprise dans un monde sans crise […] étaient frappés d’une étrange cécité ». De cette manière, Yves Frémion1 rappela que les années soixante constituèrent une décennie de révolte à l’échelle internationale : émeutes noires à Watts, révolution culturelle en Chine, contre-culture étasunienne, comprenant le mouvement hippie, ou encore actions du SDS allemand. Mai 68 ne constitua qu’une pièce du puzzle, une révolte parmi les révoltes. A ce titre, un autre mouvement de contestation eut le vent en poupe quelques années avant, à Amsterdam. Les années soixante virent également de nouveaux modes d’action se développer afin de revendiquer un message, d’émettre une critique vis-à-vis d’un pouvoir politique établi. Ainsi émergèrent les sit-in et les happenings.

Nous traiterons ici d’une mouvance en particulier, tant éphémère qu’influente : le mouvement Provo. Né en 1965, ce groupuscule libertaire à tendance anarchiste originaire d’Amsterdam se constitua autour de thèmes jusqu’alors peu abordés en politique. Aux revendications politiques s’est mêlée une fibre artistique. Liée intrinsèquement au mouvement, celle-ci servit à illustrer les propos du mouvement : par des brochures, par des affiches, par des graffitis ou encore par des happenings. Aussi, plutôt que de ne traiter que d’affiches, nous étudierons différents modes d’expression utilisés par les Provos.

Dans quelle mesure les Provos eurent-ils un impact au sein de la société néerlandaise et même au-delà des frontières du pays ? Notre étude chronologique proposera une histoire succincte du mouvement, accompagnée de documents de diverses formes afin d’étayer les propos soutenus, et d’évaluer l’écho que le mouvement a pu avoir sur la scène nationale et internationale.

Tout d’abord, il faut souligner l’existence de certaines expressions antérieures à l’avènement du mouvement Provo. De fait, dès 1964, un individu atypique nommé Jaspar Grootveld organise des happenings tous les samedis soir dans le centre d’Amsterdam, sur le Spui. Le happening (de l’anglais, signifiant « représentation ») est une performance, un événement ou une situation pouvant être considéré artistique. Apparu à la fin des années 1950, le happening était une performance artistique développée par l’avant-garde américaine, importée en Europe et en France par Jean-Jacques Lebel dès 1959. Grootveld participa à un happening organisé à Amsterdam en 1962 et réalisé par des milieux artistiques. Fort de cet enseignement, le jeune artiste de rue formait un théâtre sur le Spui sur le thème du consommateur aliéné de demain. La représentation durait environ une heure et prenait fin lorsque la police intervenait pour arrêter le fauteur de trouble, qui bloquait malgré lui la circulation en raison de l’affluence du public. Il opérait dans la grande rue centrale de la ville, devant une statue de Lieverdje. Cette statue, offerte à la ville d’Amsterdam en 1960 par Hunter, grand industriel américain du tabac, était le principal objet de critique émis par Grootveld. En effet, Jaspar exprima de manière précoce des idées anti-tabac, nuisant à la liberté des gens par la dépendance provoquée par l’achat de cigarettes. Dès 1961-1962, il fut remarqué par la presse locale lorsqu’il écrivit à plusieurs reprises le mot « cancer » (ou simplement la lettre « K ») sur les déclames de tabac, critiquant à la fois le tabac et la publicité, tous deux avilissants. A la recherche d’une vie saine (les premiers cancers dus au tabac étaient connus) et sans pollution, il utilisa cette statue pour organiser des évènements théâtraux, artistiques et avançant des idées à tendance écologiste. Paradoxalement, alors qu’il menait aussi ses actions dans un « temple anti-fumeur » financé par Nicolaas Kruze, Grootveld était un fumeur invétéré, clamant qu’il fumait pour que les autres ne fument pas. Lorsqu’il ne fumait pas lors de happenings, il faisait la promotion de la marijuana, plus saine. En 1965, lors d’un happening devant la petite statue, il invita les 200 spectateurs à tousser en cœur afin de les sensibiliser aux effets néfastes de la cigarette. A cette figure excentrique se mêla un petit groupe (ils étaient une dizaine) aux aspirations davantage politiques. Ainsi, vers mars 1965, Grootveld fit la rencontre de Roel Van Duyn, un agitateur anarchiste actif à Amsterdam. Se greffèrent également quelques autres individus à tendance anarchiste, tels Rudolf De Jong, Hans Tuybman ou encore Martin Lindt.

Happening tenu autour de la statue de Lieverdje (Amsterdam, 1965, photographie de Cor Jaring)

Le groupuscule opéra dès lors sur le Spui de manière hebdomadaire. L’intervention dans des espaces publics et symboliques des Pays-Bas, faisant partie de la vie quotidienne des Amstellodamois, était stratégique. Enfin, Luud Schimmelpennink se joignit au mouvement quelques mois plus tard. Ingénieur, formé dans une école Montessori à La Haye, il fut une pièce maîtresse du mouvement en matière de technologie et de diffusion des messages politiques.

Happening avec au premier plan Grootvelt, au pied de la même statue (date et auteur du cliché inconnus).

Avec les mots sur les murs, les affiches en sérigraphie et les flyers manuscrits, le média révolutionnaire put s’adresser à un large public. En y ajoutant une dimension politique, la fibre artistique de Grootveld en fut grandie, et vice versa puisque le politique adopta une posture messianique, mystique et riche en symboles. Cette forme artistique née de Grootveld fut défendue par le mécène Nicolaas Kruze, propriétaire d’un restaurant où des groupes de discussion se constituaient. Provo s’inspira de l’anarchisme dans sa dimension libertaire et de son idéal révolutionnaire en quête de liberté. Dans cette optique, la classe ouvrière ne s’opposait pas frontalement à la bourgeoisie, puisque la première s’imbriqua dans un système de consommation voulu et crée par la seconde. Ainsi se dessinait dans la société une dualité avec d’un côté le consommateur (prolétaire ou bourgeois) et le « provotariat », dernier bastion de résistance contre une avilissante société de consommation. Dans le contexte de la Guerre froide, par choix politique et artistique, les Provos ne choisirent pas entre l’Est et l’Ouest, rejetant des deux côtés les hiérarchies et faisant la promotion d’une société ludique. Il existait une crainte que les deux blocs puissent utiliser les armes en dehors de chez eux, et en l’occurrence en Europe du Nord. Concernant le style d’écriture et la fibre littéraire de Provo, les rédacteurs du mouvement semblent avoir puisé dans le surréalisme, au moins français et belge, ainsi que dans le mouvement COBRA (Copenhague-Bruxelles-Amsterdam), actif de 1948 à 1951. L’influence des théories de Constant, ancien membre du mouvement COBRA et du Bauhaus, demeure perceptible, notamment celle de la « Nouvelle Babylone » selon laquelle l’hommage peut vivre dans un paradis terrestre, dans un village automatisé, là où la créativité se ranimera. Politiquement, le situationnisme est présent dans le verbe, dont les thèses sont diffusées aux Pays-Bas notamment par les revues Potlatch et Reflex à la toute fin des années 1950.

Un événement a permis d’unifier le mouvement de manière significative : les fiançailles de la princesse héritière Beatrix avec un certain Claus Von Amsberg. Or, cet allemand, loin de dissimuler ou de regretter son passé, a fait partie des jeunesses hitlériennes et a opéré dans la Wehrmacht durant la Seconde Guerre mondiale2. Plus de vingt ans après, l’opinion publique néerlandaises accueillit mal le projet de cette union, les Pays-Bas ayant subi une lourde occupation pendant le conflit. 20 ans après la fin du conflit, 25 ans après le début de celui-ci (lors de l’invasion des Pays-Bas, en 1940), ces réminiscences étaient loin de satisfaire l’opinion. De cet événement supposé banal – les élites ne se mélangent-elles pas en dépit de tensions politiques ? – le mouvement Provo se constitua dès le 3 juillet 1965, date à laquelle Claus visita Amsterdam pour la première fois depuis l’officialisation de son union. Ce fut donc l’occasion pour le groupe de marquer symboliquement cette visite en bateau. Le terme « Provo » provient d’une thèse universitaire soutenue par le criminologue néerlandais Wouter Buikhuisen à l’Université d’Utrecht. Ce dernier étudiait alors, selon l’intitulé de son travail, « les fondements de la conduite des blousons noirs » en janvier 1965. Buikhuisen utilisa le terme de « provo » pour qualifier ces blousons noirs. Ce néologisme apparut en réponse au terme de « nozem », assez proche mais devenu courant dans le vocable populaire néerlandais. Un « provo » désignait donc une jeune personne traînant dans la rue, qui s’ennuie et qui provoque des bagarres. Le premier tract signé Provo daterait du 25 mai 1965, avec un mois plus tard l’apparition des Provo-Katie. La bande de Van Duyn s’appropria le terme en inversant son sens, du fait qu’elle était certes jeune mais non-violente. Le baptisé Provo lança un exemplaire du troisième numéro de Provo-Katie du haut du pont Kaisergracht, le 12 juillet 1965 (Il y eut un total de 15 magazines publiés).

Photomontage du 13 juillet 1965 avec la Une de Provo-Katie n°3, le numéro étant jeté au couple royal depuis le pont du Kaisergracht.

Une de Provo-Katie n°3 de mai 1965. Provo s’en prend ici à Charles-Hugues de Bourbon-Parme, mari de la princesse Irène, chef des traditionalistes carlistes espagnols et soutien de Franco. Au centre, il s’agit de Claus von Amsberg en tenue militaire, futur époux de Béatrix. Enfin, à droite est présent le prince consort Bernhard, mari de la reine Juliana1 et membre à l’âge de 25 ans d’une formation nazie. Il aurait également travaillé pour une usine fabricant du Zyglon B pendant le conflit. Provo pose donc la question : « Parmi les trois, lequel est le plus démocrate ? »

La revue du mouvement venait de naître, le premier numéro fut tiré à 500 exemplaires, dont près de 400 furent confisqués. La revue était copiée à moindre coût sur des machines mimographes, empruntées ou achetées. Celle-ci fut d’emblée utilisée par Van Duyn afin de rédiger un Manifeste Provo, fondée sur des « plans blancs », c’est-à-dire des projets alternatifs libertaires, avec un style chargé de poésie à tendance surréaliste. Le blanc (en Néerlandais « wit ») était alors synonyme de pureté, d’innocence et s’opposait au Orange de la famille royale, dont la devise était « God, Nederland u oranje », c’est-à-dire Dieu, la Hollande et Orange, qui sera reprise dans le journal Provo par Bernhard Willem Holtrop. Les plans imaginés sont énumérés :

  • Les « vélos blancs » : annonçant littéralement la présence de vélos peints en blanc et mis à disposition gratuitement dans toute la ville, sans cadenas. Le but était de libérer le citadin du « monstre automobile » (voir photographie en couverture).

  • Les « cheminées blanches » prévoient des réformes contre la pollution atmosphérique, thèses promulguées et défendues en grande partie par Schimmelpennink. La pensée écologiste de Provo fut influencée par l’ouvrage de Rachel Carson : Silent Spring (« Printemps silencieux »), paru en 1962 aux Etats-Unis. Le succès de ce livre fut tel qu’il permit au mouvement écologiste d’émerger progressivement dans les pays occidentaux4.

  • Les « femmes blanches ». En plus d’une conscience écologiste précoce, les Provos témoignaient aussi d’un féminisme balbutiant mais assumé politiquement, et soutenu par Irène Van de Weetering. Ce plan consistait à généraliser l’éducation sexuelle dès l’adolescence.

  • Les « maisons blanches », c’est-à-dire des squats, seraient ici des logements vacants, inutilisés, mis à la disposition des plus démunis voire de tous. La spéculation sur des logements aussi grands que vides était vive à l’époque.

  • Les « poulets blancs ». Bien que son origine soit différente, l’utilisation du terme de « poulet » pour désigner vulgairement les policiers est commune au français et au néerlandais. Le plan consistait ici à faire du policier un travailleur social, avec un rapport différent vis-à-vis du citoyen, contestataire ou non.

  • Les « cadavres blancs », représenteraient symboliquement toutes les victimes des accidents de la route sur leur lieu de mort, par un écriteau mis en évidence. Il s’agissait de faire prendre conscience aux chauffards des dangers de l’automobile. A ce titre, le mouvement souhaitait également interdire la présente de tout véhicule (comprenant donc les motos) à moteur dans le centre de la ville.

Présentation des Plans Blancs (Witte Huizenplan) dans un pamphlet daté du 25 avril 1966. Le symbole des Provos est présent : la pomme, à trois reprises, faisant office de fond noir à un vélo, un oiseau5 et un bâtiment qui ressemble à l’Hôtel de ville d’Amsterdam. La présence d’une cheminée pourrait critiquer la pollution, mais elle pourrait également très bien illustrer le chauffage d’un logement vacant et/ou squatté. La formule : « In Holland staat un huis » (« En Hollande, il y a une maison ») fait ici référence satirique à une pièce radiophonique du même nom ; sa diffusion, allant de 1952 à 1958, était très populaire. Elle fut ainsi l’objet de moqueries de la part de Provo.

La résonnance du mouvement par leurs écrits fut permise par Olaf Stoop, qui tenait alors un kiosque et qui glissa quelques numéros de Provo dans les pilles du Telegraaf6, détourné en Teleraaf, le « Télé Corbeau ». La diffusion de ces idées fut dès lors condamnée par les autorités, qu’elle soit sous le manteau ou dans la rue par des affiches. Nicolas Pas estime que seulement quelques centaines de jeunes étaient directement impliqués dans le mouvement de manière directe, la plupart d’entre eux était issue d’un milieu ouvrier, à l’exception notable de certaines têtes du mouvement, comme Schimmelpennink. Pas évalue le tirage des périodiques à 2 500 exemplaires en 1965, à 35 000 en 1966 et à 90 000 en 1967, la diffusion s’opérant majoritairement aux Pays-Bas et en Belgique. Les publications étaient également novatrices dans leur contenu textuel : l’invention de termes et d’expressions, la causticité à l’égard de la famille royale et les détournements de sens permirent au journal d’échapper progressivement à un statut confidentiel. La profusion de médias usités par Provo était alors importante : ainsi se mêlent affiches, tracts, journaux, brochures, textes manuscrits, photographies etc.

Provo-Katie numéro 6. Les habitants d’Amsterdam sont invités à assister aux happenings. La statue de Lieverdje, au centre, indique le lieu de rendez-vous (13 août 1965)

Les leaders firent de nombreux allers et venues en prison. Van Duyn fut par exemple arrêté pour avoir suivi la princesse Beatrix dans la rue. Outre cette diffusion, et c’est ainsi que la symbolique Provo prit tout son sens, la présence de bicyclettes blanches fut l’objet d’une attention particulière, tant et si bien que les autorités réprimèrent des non-provos, malheureux de disposer d’un vélo trop blanc.

Le mouvement s’accentua dès lors que la répression des manifestations gagna en violence. Pourtant, l’initiative originelle était non-violente. Ainsi, les policiers, par leurs excès, firent malgré eux partie du spectacle proposé par Provo. Les forces de l’ordre étaient donc des personnages faisant partie du happening. La répression policière était particulièrement violente du fait de son inadaptation face à un mouvement non-violent, spontané et polymorphe. C’est pourquoi la police répliquait initialement à l’aide de sabres, puis à l’aide de chiens et enfin par l’intermédiaire de coups de gourdin distribués depuis une moto side-car. A pied, à cheval, à moto, en voiture et même à vélo, la police était extrêmement mobilisée, qu’elle fut en civil ou en uniforme. Ces scènes surréalistes photographiées et diffusées nuisait à l’image des policiers, et le spectacle choquant jouait en la faveur de Provo qui invitait ses lecteurs à venir assister à ces répressions. Il arrivait à certains Provos de répondre tout aussi violemment à ces répressions.

Photographie de la manifestation du 10 mars 1966 diffusée dans Provkatie (auteur inconnu). Cette image figure d’ailleurs sur la photographie qui illustre cet article.

Photographie du centre d’Amsterdam prise le 14 juin 1966 pendant une manifestation (auteur inconnu)

Le 10 mars 1966 fut une date importante pour le mouvement : celle du mariage de Beatrix et de Claus. Ce fut donc l’occasion de marquer l’événement afin de faire connaître Provo à la foule qui trouvait déjà cette union très critiquable. Ainsi, le groupuscule anarchiste utilisa des haut-parleurs afin de reproduire des bruits de fusillade et jetèrent des fumigènes de couleur blanche à proximité du couple. Enfin, ils se permirent d’introduire un poulet blanc dans le carrosse royal7. Malheureusement, la police chargea sur les rares supporters du couple, qui étaient initialement venus les applaudir.


Tract de Provo : « 10 mars, jour de l’anarchie » (1966)

Photographie prise par Cor Jaring en 1966 et présentant Peter Bronkhorst et Rob Stolk en train de préparer des fumigènes.

A partir de cette date, le mouvement se politisa encore davantage et chercha à draguer des soutiens. Ainsi, ils eurent une certaine proximité avec les mouvements politiques du pays qui fustigeaient le colonialisme et les dictatures (Vietnam, Espagne etc.). A ce titre, leur existence politique à Amsterdam, bien qu’infime, fut effective et porta ses fruits, au moins de manière symbolique. De fait, à l’occasion des élections municipales de juin 1966, la liste Provo obtint 13 000 voix dans la ville, soit 2,5% des voix. Ainsi, le Provo Bernhard De Vries réussit à occuper un siège au conseil municipal, profitant de cette fonction pour rappeler le programme des Plans Blancs à la municipalité amstellodamoise.

La presse internationale permit au mouvement de gagner en popularité de manière exponentielle. En faisant l’écho des évènements et parfois du discours, Provo connu dès 1966 une notoriété certaine au sein de l’opinion amstellodamoise puis néerlandaise. Par exemple, Provo fit la Une des journaux du pays en affirmant qu’ils avaient le projet de donner un morceau de sucre imbibé de LSD à chaque cheval de la police afin de semer la zizanie. Ce n’était sans doute aucunement planifié, mais cela leur a permis d’apparaître rapidement dans les médias. Nicolas Pas releva en détail les médias ayant relayé les actions de Provo, et particulièrement les médias français, avant et pendant mai 68. Nous ne serons pas aussi exhaustifs et ne citerons que trois reportages issus de trois pays différents :

  • Le 22 février 1966, la Radio Télévision Belge Francophone (RTBF), dans le cadre de son émission Format 16/20, réalisa un reportage à Amsterdam intitulé « Des jeunes anarchistes à Amsterdam ». Celui-ci dressait le portrait d’une famille néerlandaise traditionnelle avec un fils appartenant au mouvement Provo. Malheureusement brève, cette étude a le mérite d’avoir été menée alors que le mouvement était encore assez peu connu en hors des frontières des Pays-Bas.

  • Le 11 octobre 1966, l’Office nationale de radiodiffusion télévision française (ORTF) mena à son tour une enquête « A propos des provos ». Fort de sa popularité, le mouvement fut filmé en pleine action, dans la rue. Il y eut alors la preuve filmée d’une police agissant avec force, si bien que le réalisateur du reportage, opérant pourtant en toute légalité, fut arrêté sous les caméras de son équipe. Le journaliste s’interrogeait alors dans le reportage : « Qui sont les véritables provocateurs ? », constatant la disproportion des forces engagées. Un autre reportage vit le jour à propos des Provos, mais cette fois-ci à Utrecht le 1er février 1968, avec les témoignages de deux anciens membres du mouvement amstellodamois/

  • Enfin, un documentaire fut consacré à Robert Jasper Grootveld en septembre 1966, produit par Michael Apted. Réalisé par Granada Television (basé à Manchester), il traite directement avec l’un des plus importants membres du mouvement, ce dernier mettant en exergue son art et ses plans.

Provo-Katie n°13 : « Non à l’Etat policier !!! », appel à un rassemblement contre la violence policière (4 avril 1966). Avec ce dessin, Provo met en évidence la violence policière vue à travers l’œil d’un individu. Il s’agit d’une invitation à une manifestation non-violente afin de se dresser contre la répression violente arrivée un mois plus tôt.

Le monde ouvrier se rattacha alors à la cause Provo, un mort (et une dizaine de blessés) fut à déplorer à l’occasion de la manifestation le 13 juin 1966, vraisemblablement en raison d’une crise cardiaque8. La grève générale fut alors lancée. Dans la rue s’amorcèrent des manifestations qui durèrent 4 jours. Particulièrement violentes, elles mirent à sac le siège du Telegraaf et poussèrent le chef de la police à démissionner. Ainsi, une véritable insurrection non contrôlée par le groupe anarchiste eut lieu, comprenant kiosques détruits, vitrines cassées, voitures incendiées et policiers lapidés. La cause de cette démonstration de force, de cette défiance vis-à-vis de l’autorité était un prélèvement de 2% sur les allocations de vacances pour des frais administratifs, cette mesure concernait alors les ouvriers non syndiqués du bâtiment. En plus de cette raison en apparence anodine, les grèves étaient plutôt rares aux Pays-Bas durant les années 1960.

Le succès du mouvement Provo fut immédiat et sa célébrité gagnée le poussa dans ses contradictions : comment transformer un mouvement artistique confidentiel en une cause politique de grande ampleur ? Provo ne survivra pas à ce hiatus qui opposa les modérés, qui arrêtèrent la revue, et les radicaux, qui n’avaient pas de projet politique concret. Une dichotomie s’opéra entre les idéaux libertaires enthousiastes d’une part et le mouvement ouvrier qui s’y est greffé bon gré mal gré par les grèves d’autre part. Ainsi, le 13 mai 1967, le mouvement fit le choix de se dissoudre de lui-même à l’occasion d’un grand happening au Vondel Park. Provo disparut donc aussi furtivement qu’il émergea, laissant place à un été 1967 calme. Le mouvement ne fut pas capable de canaliser la force et l’énergie contestataire de la classe ouvrière pour se renforcer. Peut-être n’était-ce pas son but final ? La rupture se fit en raison de modes d’action divergents.

Affiche de Provo annonçant la fin programmée du mouvement : « La destruction est la construction », dessin de Rob Stolk, 13 mai 1967

Dans le but de comprendre ce qui caractérisait l’esprit Provo, intéressons-nous à leurs sources d’inspiration. Tout d’abord : l’anarchie, au cœur de l’action et des idéaux de Provo. Le mouvement n’a, de facto, jamais eu de hiérarchie ou de leader clairement définis, même si les médias ont davantage mis en lumière les Provos les plus actifs et les plus anciens, les deux allant généralement de paire. De même, Provo ne disposait ni de locaux ni de structures permanentes, c’est ce qui fit d’ailleurs sa force et permit sa survie malgré la répression des autorités. Les membres du groupuscule, pour la plupart très jeunes voire mineurs, reprirent le mode d’action non-violent propre au mouvement hippie à la même époque.

En outre, Provo était une réponse une société néerlandaise cloisonnée. En effet, depuis la fin du XIXe siècle, celle-ci était fondée sur quatre communautés distinctes : les protestants, les catholiques, les libéraux et les socialistes. Or, bien qu’un lent processus de décloisonnement était en marche depuis la fin des années 1950, ces quatre piliers de la société fabriquaient les individus (ainsi que leur pensée), les prédestinant à fréquenter les mêmes écoles, les mêmes groupes politiques, les mêmes familles ou encore les mêmes clubs de sport. Ce système entretenait par ailleurs l’opposition entre la population – ou plutôt les populations – et le monde politique. Provo était ici le symbole d’un mouvement qui, quoiqu’hétéroclite, pouvait potentiellement faire exploser ces clivages sociaux.

Les Provos (Cinq colonnes à la une – 7 oct. 1966)
La Hollande, pays calme par excellence, s’est trouvée tout à coup au premier plan de l’actualité. Les « Provos » critiquent ce pays devenu riche, qui somnole et s’ennuie. Ils prônent une société ludique et non hiérarchisée. Ils organisent des happenings, éditent un journal et sont allés jusqu’à se constituer en parti politique.

Par ailleurs, Provo fut l’un des mouvements les plus significatifs concernant l’improvisation dans ses modes d’action. Également pour contrecarrer la répression des autorités, les évènements, s’ils sont organisés à l’avance ou au moins conceptualisés, ne sont parfois même pas planifiés. Les manifestations spontanées se sont d’ailleurs avérées très efficaces pour transmettre leur message. La particularité de Provo, que nous réduisons au terme de « mouvement », est qu’il allia un système issu d’une organisation politique traditionnelle (dans le but de transmettre ses idées) à une expression culturelle singulière9. Il s’agissait d’un mouvement politique banal au premier abord, jouant de ses contacts dans la presse et dans le milieu intellectuel et utilisant les médias pour se faire entendre, Néanmoins, par-delà l’engagement politique, il s’agissait également d’un way of life alternatif, à la recherche de l’inconnu et de l’infini, s’opposant frontalement à un modèle de société strict, cloisonné et rationnel. Dans cette optique de contestation culturelle, de la promotion d’un modèle marginal et d’une rupture entre deux mondes, Provo pouvait être aisément considéré comme une contre-culture. Ainsi, Provo fut synonyme de jeu dans son mode d’action.

L’originalité du mouvement fut sa capacité à intégrer un aspect ludique aux théories révolutionnaires classiques. C’est en cela que le mouvement connut une ascension fulgurante ; par l’aspect ludique, tout le monde pouvait se revendiquer comme appartenant au mouvement, tandis que le mouvement contestataire français demeurait davantage théorique, et encore sous forme embryonnaire. Comme nous l’affirmions, Provo s’est inspiré des modes de contestation existant outre-Atlantique au début des années 1960 (mouvement des droits civils au Etats-Unis). A cela s’ajoutait l’incorporation d’autre modes de contestation comme le mouvement antiatomique anglais à la même période, ou encore les techniques de sit-down et de teach-in. Plus loin encore, Provo semble avoir été tributaire des futuristes italiens des années 1910 : la diffusion de pamphlets constitués de collages et de texte rejetant tout ou presque est un point commun entre ces deux groupes, à la fois culturel (alliant peintres, musiciens, architectes) et politique (avec la figure centrale de Marinetti et de son Manifeste). Enfin, il est important d’examiner comment le mouvement se considérait lui-même. Un terme revient fréquemment : celui d’Image. Provenant du mot anglais, le terme d’ « image » que s’est approprié le groupe renvoie à l’image donnée de quelqu’un par les médias, de son apparence publique. Grootveld utilisait déjà ce terme lors de ses happenings. Ambigu et général, il permettait à Provo de filer la métaphore, et de se considérer comme le reflet de ce qu’une société ne voulait pas voir, ou bien d’un fantasme. Ainsi Provo jouait-il avec l’image, prononcé à la française, qu’il donnait de lui-même et de celle transmise par les médias. En provoquant tout en ironisant, le groupe se rendit compte que l’image que l’on donne était primordiale dans la société néerlandaise moderne.

Photographie prise par Sel Vreeland le 12 septembre 1965 à Amsterdam. Il s’agit du monument commémoratif du Général Jo Van Heutsz, symbole de l’impérialisme et vivement critiqué par les Provos.

. e vue historique 2005/2 (n° 634), p. 343-73.Provoen France expression culturelle singulièreles predestinant à fréquenter les m

Qui étaient les Provos ? Il semblerait que, en plus de la création autour d’un groupe restreint, le mouvement se constitua autour d’individus aux portraits hétérogènes : ainsi le mêlèrent anarchistes politisés, écologistes de la première heure, amateurs d’art et de spectacles de rue ou encore marginaux. Provo ne fut jamais fédéré, mais il composa pourtant avec des artistes, des militants-théoriciens ou encore des hippies hollandais inspirés par la Beat Generation des Etats-Unis, chacun avec des revendications communes ou différentes.

Bien que leurs revendications, disparates, étaient novatrices au sein de la sphère politique, elles n’eurent que très peu d’écho et furent rarement discutées à l’époque. A posteriori, il semble en effet que certaines propositions des Plans Blancs étaient alors inédites, l’écologie (dont le terme même n’apparaîtra que plus tard), était un sujet inexistant en politique, étayé par une volonté faire baisser la pollution en réduisant la circulation automobile. Il en va de même pour la question du droit des femmes avec le droit à l’avortement10. De plus, ils eurent des soutiens provenant d’anciens résistants de la Seconde Guerre mondiale. En effet, ces derniers, de gauche, ont vu l’union de la princesse avec von Amsberg d’un très mauvais œil.

Les Pays-Bas n’ont jamais renié l’héritage du mouvement Provo, Amsterdam en est même, dans une certaine mesure, tributaire au regard de sa politique concernant les moyens de transports. Le problème des logements vacants persista et fut donc intensément questionné, notamment en 1981, lorsque de grands travaux à Amsterdam ne changèrent en rien la situation de ces logements, toujours aussi vides et pourtant toujours à même d’accueillir les plus démunis. Peu après la dissolution du mouvement, les premiers membres de Provo arrêtèrent leurs activités politico-politiques afin de se ranger dans divers milieux, tout en restant fiers de leurs actions (Van de Weetedring fut bibliothécaire, Grootveld fit des stages pour les officiels, Willem participa aux premiers numéros de Hara Kiri et Charlie Hebdo en France en 1968 etc.), restant même à la disposition des médias afin de témoigner de leur mouvement. Le mouvement Kabouter (« Lutins » en néerlandais) garda par la suite le même esprit que Provo, quoique davantage propositionnel et consultatif. Le mouvement eut pour effet déclencheur d’ouvrir la voie à un progressisme prudent, mettant un terme à une société faite de communautés, à la fois confessionnelles et idéologiques, dont les frontières étaient imperméables. Le mouvement Provo eut droit à sa propre exposition à Amsterdam en 2011. La frénésie amorcée par Provo sut s’exporter dans quelques pays, notamment en Belgique, dans certaines villes d’Italie, de Suède, d’Allemagne et même dans quelques localités aux Etats-Unis.

Dès lors, l’influence des Provos sur les évènements de mai 1968 en France demeurent évidents, par certaines de leurs revendications ainsi que par leur mode d’action et de communication. En mars 1967, il y eut d’ailleurs un défilé de Provos internationaux dans le Quartier latin qui rassembla environ 150 beatniks. Un an avant, Mustapha Kayati écrivait à propos de Provo dans De La Misère en milieu étudiant (1966), affirmant que le mouvement fut dépassé par la lutte du prolétariat, fustigeant sa violence et renonçant ainsi à son programme initial. Mai 68 ajouta une composante que Provo n’avait qu’effleuré faute de temps, avant de s’auto-dissoudre : la question de la guerre du Vietnam et du colonialisme. L’Occident était vu comme impérialiste et illégitime. Par ailleurs, l’ennui se faisait sentir autant sous la famille royale des Pays-Bas que sous la France gaullienne, malgré une prospérité économique certaine. Une partie de ces deux jeunesses refusait la société de consommation qui leur était offerte. Après la Seconde Guerre mondiale, un changement politique était attendu. Or, rien n’a changé, et c’est exactement ce que Provo souhaitait dénoncer.

Enfin, rappelons que Provo fut le premier mouvement écologiste de masse en Europe. Très aux courant des enjeux environnementaux, certains Provos établirent un programme toujours aussi farouchement défendu aujourd’hui. L’écologie devient aujourd’hui un thème central dans les programmes politiques à travers le monde. A ce titre, Provo fut donc le premier mouvement à s’intéresser aux thèses alarmantes (alarmistes ?) pour les rendre davantage compréhensibles et ludiques dans la sphère politique. Cette transformation, passant notamment par l’humour et la dérision, est très utilisée par les écologistes contemporains.

France Culture : Les Provos : le Mai 68 néerlandais ou comment se révolter tranquillement (La Fabrique de l’Histoire par Emmanuel Laurentin, 2015.)

Numéros 1, 2, 3, 4, et 10 de Provo

Notes :

1 FREMION Y., Les Provos, 1965-1967. In Matériaux pour l’histoire de notre temps, n°11-13, 1988. Mai-68 : Les mouvements étudiants en France et dans le monde. 
http://www.persee.fr/doc/mat_0769-3206_1988_num_11_1_403825
2 C’est pourquoi il fut assimilé, à tort, à la figure du nazi par certains
Néerlandais.

3 Juliana fut elle-même la cible des dessinateurs de Provo, elle fut notamment
assimilée à une prostituée dans un Provo-Katie.

4 Il s’agissait d’une étude portant sur l’influence négatifs des pesticides
(notamment le
DDT) sur l’environnement et en particulier les oiseaux ainsi que les mensonges
utilisés par l’industrie chimique pour prospérer.

5 Il se pourrait que l’oiseau soit une référence au Printemps silencieux de
Rachel Carson, qui mettait en évidence les conséquences néfastes des pesticides, ici du DDT en prenant pour exemple les oiseaux, dont les coquilles d’œuf
s’amincissent en raison de ce produit chimique.
6 L’équivalent du Figaro en France.
7 Initialement, le groupe disposait de sept bombes fumigène et de deux
demi-poulets pour
réaliser leur dessein.
8 Trois grandes journées d’émeutes ont été relevées : les 1er, 13 et 14 juin
1966.
9 D’après Nicolas Pas dans « Images d’une révolte ludique. Le mouvement
néerlandais Provo en France dans les années soixante »,
Revue historique 2005/2 (n° 634), p. 343-73.
10 La pilule contraceptive ayant été introduite et distribuée dès 1963.

Bibliographie

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Alexandre Wauthier.