Lau Nau (#19)

Avant de découvrir Lau Nau, ma connaissance de la musique finlandaise – et de la Finlande d’une manière générale – demeurait extrêmement limitée. J’avais vaguement à l’esprit un album un groupe obscure et audacieux de la fin des années 1960, appelé International Harvester. Toutefois, si leur album de 1968 a bien été signé sur un label Finlandais, le groupe était définitivement originaire de Suède (le patron du label lui-même faisait cet amalgame). Ainsi, hormis un groupe finlandais qui n’est pas finlandais, ma connaissance de la musique provenant de ce pays était pauvre.

Pourtant, mon attrait pour les « productions scandinaves microtonales, mêlant instruments acoustiques et productions électroniques », que j’évoquais dans un article antérieur, m’a mené vers une musicienne finlandaise qui, elle-même, m’a permis de tirer un prodigieux filon de musique indépendante finlandaise d’excellente facture. Dans un autre article un peu moins antérieur (et après j’arrête l’autopromotion), je citais l’album sur lequel mes oreilles furent scotchées, notamment grâce à la connexion entre la musicienne dont il est question ici et Rafael Anton Irisarri, qui effectua le mastering. En toute logique, cette talentueuse association ne pouvait accoucher que de riche sonorités. Dans l’absolu, cet article ne pourrait s’intéresser qu’à l’album en question, mais il est pertinent d’établir un contexte ou un microcosme que j’ai tenté d’appréhender au gré de mes écoutes.

Lau Nau par Camilla Rehnstrand
Lau Nau par Camilla Rehnstrand (MusicInFinland)

Ce qui m’a motivé à écrire cet article, ce n’est pas d’établir une chronologie de ses albums, l’historicité musicale ne m’intéresse guère ici. En revanche, j’avais à coeur de mettre en lumière le génie musical que j’ai pu découvrir à travers son album Poseidon, sorti en 2017. Lau Nau, de son vrai nom Laura Naukkarinen, est née en 1980 à Kauniainen, ville du sud de la Finlande et proche de Helsinki. Sa carrière solo commence par un album sorti en 2005. Nous aurons l’occasion de revenir sur une sélection de morceaux intéressants, mais l’album le plus rire, selon mes oreilles, demeure Poseidon.

Lau Nau – Poseidon (2017), Fonal Records

Selon l’article faisant la promotion de l’album (launau.com), lorsque Laura Naukkarinen était en train de jouer sur le piano de sa grand-mère, elle s’est rapidement aperçue qu’elle composait alors des morceaux pour un prochain album, plutôt que de réaliser des sons pour une musique de film. Lau Nau devait inéluctablement être l’interprète de cette ébauche d’album.

« It’s the melancholic, always dreaming part of me that stands quietly on the stage and shares fractured moments with the audience. The songs on Poseidon are small secular prayers and messages of love, sorrow and care. Poseidon is a god of the sea but also the name of a certain bar in Helsinki. He veils us in the fog when the night falls. » (Lau Nau)

La mélancolie dont s’imprègne l’album constitue un passage accepté de la vie de Lau Nau. À ce sujet, Lau Nau définit la mélancolie comme une manière de chérir et d’accepter la tristesse faisant partie d’elle (sseennsseess). Elle ne veut pas « penser positif » tout le temps. C’est donc cette tristesse cristallisée qui a été distillée et mise en musique tout au long de cet album. Un clip vidéo a été réalisée avec d’illustrer le deuxième morceau de l’album :

Je conseille d’écouter l’ensemble de l’album d’un seul trait, puisqu’il a le dont de faire errer l’âme pendant presque 45 minutes. La première écoute ne m’a fait retenir que certains éléments, mais j’en découvre d’autres, nouveaux, au fur et à mesure. Parmi les 11 morceaux, certains sont entièrement instrumentaux, parfois proches du minimalisme, tandis que d’autres sont chantés en finnois par Lau Nau, dont les douces cordes vocales rassurent pendant cette plongée dans l’introspectif. Un autre clip a été réalisé pour le bien nommé titre Poseidon et est accessible sur le site internet de Yle, la radio-télévision publique de Finlande :

On retrouve d’autres aspects de sa musique, toujours aussi prégnants dans cette composition : la présence de folk et d’éléments électroniques. Le talent de Lau Nau se situe probablement dans sa capacité à réaliser des albums solo et – dans le même temps – , des musiques de film. Cette production bicéphale lui permet d’avoir un panel de composition beaucoup plus étendu. D’ailleurs, rétrospectivement, Poseidon a été sorti entre deux bande originales de film signées Lau Nau : HEM. Någonstans (2015) et Land Without God (2019). On peut remarquer la présence continue de Matti Bye dans le jeu et l’arrangement de la musique de Lau Nau, les deux artistes ont d’ailleurs fait récemment paraître un album collaboratif empreint de minimalisme et de musique électronique.

Néanmoins, si Poseidon demeure, à mon sens, un aboutissement musical dans la carrière de Lau Nau (pour l’intant), il n’a pas fallu attendre cet album pour mesurer toute l’habileté musical de l’intéressée. Au gré des premiers albums, solos ou destinés à être utilisés pour des films, on trouve de précieuses pièces musicales, allant des mélodies folk expérimentales aux sonorités électroniques très épurées et ambiantes.

Enfin, voici quelques morceaux pour aller plus loin dans la discographie de Lau Nau, à commencer par Koti, dont l’écho des notes de piano avait hanté mon cerveau pendant plusieurs jours :

Pour rééquilibrer cette entrevue minimaliste, je me dois de citer un morceau qui, cette fois, verse davantage dans la folk expérimentale :

À l’issue de ce travail de fouilles dans la musique indépendante finlandaise, j’en ai tiré une playlist qui compile mais quelque découvertes. C’est aussi l’occasion de mettre en lumière la remarquable playlist créée par le compte officiel de Spotify :

Suomi (Alexandre Wa)

Suomalaista outoilua – « L’étrangeté finlandaise » (playlist  de Spotify)

Sources :

- Bandcamp
- LauNau
- sseennsseess
- TinyMixtapes
- Yle 
- Wikipedia

Alexandre Wa